Après la guerre


Programme de la journée d’étude sur le programme de culture antique des classes de lettre supérieures :

Lieu : Lycée Descartes, Amphithéâtre Senghor

Date : Samedi 21 Mars 2015 9h30-16h30

 9h30-9h45 : accueil

  9h45 : Marie-Ange JULIA (CPGE, Lycée Henri IV, Paris)

La mélancolie de l’impossible retour

 ScreenShot009Le retour du guerrier victorieux ou mort fait l’objet de représentations rituelles mais non moins touchantes sur des vases grecs ou des tombes italiques. Or la matière littéraire pour sa part s’y intéresse fort peu au regard de la pléthore de récits de combats. Est-ce parce que, pour le guerrier, le retour sera fatalement impossible ? Un des sentiments grâce auxquels l’homme tient à la guerre est celui de l’espérance d’un doux retour, auprès d’une épouse aimante et d’enfants en manque d’affectation paternelle, dans une patrie reconnaissante.
Pourtant, le guerrier a eu beau souhaiter à son retour les caresses d’une femme, tel Achille lui-même dans l’oeuvre de Quintus de Smyrne ou Vitellius chez Tacite, il trouve souvent un foyer vide parce que saccagé par un autre ennemi ou une femme telle Clytemnestre qui réalise sa volonté de puissance. Et même si toutes les conditions sont réunies pour un retour heureux, celui-ci encore échoue : l’homme n’est plus celui qu’il était à son départ, au point qu’il peine à retrouver sa place au sein de son foyer et de sa patrie et qu’il tombe dans une mélancolie indicible, presque aussi accablante que les maux endurés. Nous comparerons ainsi deux retours mélancoliques : celui d’Ulysse, qui doit reprendre les armes dès son retour et auquel sa fidèle Pénélope réserve un accueil des plus glacials, en regard de celui de Scipion l’Africain, accablé de reproches par ses compatriotes alors qu’il rentre grand vainqueur. Il ne reste plus au guerrier qu’à partir de nouveau. On lie souvent la racine indo-européenne du « retour », celle du grec νόστος, à des termes ou des expressions signifiant le retour à la maison ou la joie, mais ne pourrait-on pas envisager le sens de la racine plutôt comme celui d’un « nouveau départ » ?

 10h30 : Isabel DEJARDIN (CPGE, Lycée Pothier, Orléans)

 Les captives ou le procès de la paix

 Les captives, personnages inscrits dans l’arrière-plan épique mais aussi dans l’histoire des traités de paix antiques, questionnent la paix. D’abord silencieuses, réifiées dans un processus d’échanges qui accompagne le traité et les assimile au tribut, elles doivent à la représentation tragique la progressive et paradoxale libération de leur parole. De Cassandre, prophétesse agitée à l’entrée d’Argos, à la pathétique Andromaque d’Euripide, d’Iole hiératique chez Eschyle à la Mariane de Tristan L’Hermite, la captive devient un type. Et en devenant ce type dramatique, elle questionne l’instauration d’un nouvel ordre. A l’appui d’un corpus de textes attachés à l’Antiquité grecque et à la dramaturgie classique du Grand Siècle, il s’agira d’évaluer cette émergence et ses implications : comment la captive, dans la mise en scène de son personnage, renouvelle-t-elle le regard sur la paix ? quelles questions pose-t-elle au temps ? comment son discours creuse-t-il l’angoisse par la superposition d’une durée et d’un moment, le passé de la guerre et l’instant de la paix ?

 11h15 – 11h30 : pause

 11h30 : Stavroula KEFALLONITIS (Université de Saint-Étienne)

Guerres médiques, « guerres mondiales » ?

Parmi l’ensemble des conflits armés qui ont secoué la Grèce antique, les guerres médiques présentent les combats aujourd’hui les plus connus et les plus médiatisés, que ce soit par des réécritures, des représentations picturales, des documentaires, des bandes-dessinées, des long métrages, etc. Cette postérité s’impose en particulier par sa dimension spectaculaire et politique, comme l’affrontement bloc à bloc de deux mondes dont les oppositions saillantes frappent l’imagination et s’inscrivent dans les mémoires et les discours idéologiques. Ainsi les batailles de Marathon, des Thermopyles et de Salamine apparaissent-elles comme des moments décisifs pour le destin de l’Occident ; il semble que si les Perses l’avaient emporté, « toute la face de la terre aurait changé ». Trouve-t-on dans l’Antiquité un équivalent de la notion moderne de « guerre mondiale » ? Quelle dimension a été accordée aux guerres médiques par les historiens antiques ? Les documents philologiques et archéologiques antiques offrent matière à questionner et revisiter la manière dont se sont construites les traditions modernes sur ces conflits d’il y a vingt-cinq siècles.

 14h : Jean-Pierre DE GIORGIO (Université de Clermont-Ferrand II)

Représenter la paix dans les images romaines à la fin de la République et au début du Principat.

L’objectif de cette communication est d’analyser, en relation avec les textes poétiques (en particulier Lucrèce et Catulle), quelques images romaines représentant la paix dans la cité, en partant notamment de l’autel dit de Domitius Ahenobarbus. On se demandera dans ce contexte comment la paix est articulée à la guerre.

14h45 : Patrick VOISIN (CPGE, Lycée Louis Barthou, Pau)

Carthage et l’Afrique romaine après la guerre ? Une résistance constructive et positive.

La logique des conséquences de la guerre, à Carthage et dans toute l’Afrique du Nord conquise, Africa Vetus et Africa Nova, voudrait que les Romains eussent écrasé leurs vaincus, dans la continuité d’une Carthage rasée et détruite par le feu et le sel en 146 av. J.-C. – spectacle devant lequel Scipion Émilien, selon Appien, aurait pleuré en voyant le sort de la ville qui avait failli prendre Rome quelques décennies plus tôt : Hannibal ad portas !
Or, la Pax Romana va se développer en Afrique du Nord comme partout dans l’Empire, aidée par l’Édit de Caracalla en 212 ap. J.-C., puisque tous les habitants, Puniques, Maures et Berbères, finirent par obtenir le droit de cité. Il n’y eut donc pas une assimilation de type colonial radicale ; les légions romaines n’écrasèrent pas les populations locales ; l’originalité africaine ne fut pas étouffée. Pourquoi ? Parce qu’il exista constamment une résistance, non tant militaire que culturelle, avec une symbiose entre culture romaine et culture africaine qui aboutit à ce que l’on appelle « civilisation romano-africaine », dans laquelle les cultures punique, maure et berbère s’exprimèrent avec une relative liberté tant que cela ne remettait pas en cause le pouvoir de l’Empereur. Ne peut-on même parler de civilisation « afroromaine » ? Auquel cas le latin « butin de guerre » aurait permis à l’Afrique de développer sa propre culture dans une Antiquité qui ne se réduit pas à la Grèce et Rome.

 15h30 – 16h : discussion avec la salle et conclusion.

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